Seule

 

Première diffusion, mercredi 5 novembre 2008

France 2

 

Téléfilm de Fabrice Cazeneuve

Avec Barbara Schulz, Jean-Pierre Lorit, Christine Tual, François Loriquet

Scénario : Fabrice Cazeneuve et Laurent Mauvignier

Production : Jean-Pierre Fayer et Fabienne Servan-Schreiber

Musique du film : Manuel Peskine

Directeur de la photographie : Yves Cape

Montage : Jean-Pierre Bloc

Présentation

Employé dans une grande entreprise, Éric Nardier se suicide en se défenestrant de son lieu de travail. Sa veuve Brigitte tente alors de faire reconnaître ce suicide comme un accident du travail, ce qui impliquerait la responsabilité morale et juridique des supérieurs hiérarchiques de son mari. D'abord soutenue par ses collègues et la hiérarchie, elle est peu à peu lâchée par ces derniers. Soutenue par Dominique, syndicaliste, elle apprend par cette dernière qu'un suicide a eu lieu trois ans auparavant dans la même entreprise. Brigitte tente de mener l'enquête...

Presse

  • LE MONDE

    2 - 3 novembre 2008

    La mort dépeuple autour de soi. Surtout le suicide. Pourquoi ? En raison de la recherche des responsabilités, le poids de la culpabilité, l’impossibilité de se défaire, par le partage, d’un chagrin qui poisse et obsède. L’affaire prend une autre dimension encore plus épineuse, car la défenestration s’est produite sur le lieu de travail et qu’il ne s’agit pas d’une première au sein de l’entreprise Codotex, laquelle promeut une culture stressante de l’évaluation et de la perfomance.

     

     D’autant que Brigitte (Barbara Schulz), l’épouse du suicidé, travaille dans la même entreprise. Jusqu’ici, considérée comme une salariée modèle, acquise au management libéral à l’heure de la mondialisation, la voilà qui embarrasse. Après l’enterrement, les gens s’écartent à son passage, dans les couloirs, les regards la fuient. Désormais, elle mange seule à la cantine. Par son geste, son mari a porté atteinte à l’entreprise. Chacun doit prendre parti au risque de trahison.

     

     La direction manifeste à Brigitte une hostilité croissante tandis que celle-ci attend des éclaircissements sur la réunion qui a précédé la mort de son mari. À travers ce fait divers, les syndicats veulent, eux, poser le problème du harcèlement moral. En quête de la vérité d’un drame qui lui échappe, l’héroïne se collette, dans les larmes et l’émotion, à l’absence de l’être aimé. Barbara Schulz lui donne des traits tirés, des accès de révolte alternant avec des moments de silence.

     

     En petites touches et ellipses, en cadrages serrés, la réalisation de Fabrice Cazeneuve sert le scénario cosigné avec Laurent Mauvignier, qui avait déjà évoqué la question du suicide  dans son livre Loin d’eux (éd. de Minuit, « Double » 1999). Choix a été fait d’absence de musique pour éviter tout artifice dramatique.

     

     Les scénarios originaux d’écrivains sont parfois d’excellentes surprises. En témoignait, en 2007, Maman est folle d’Olivier Adam. Dans Seule, portrait de femme abandonnée par les uns et les autres, Laurent Mauvignier, immense écrivain des éditions de Minuit, le plus capital de sa génération, fait preuve des qualités nécessaires à une bonne histoire : point de vue affirmé mais nuancé, sans bien-pensance ni volonté de trancher, sans édification ni manichéisme habituel des fictions régies par la trame classique du combat d’un individu seul contre le système. La critique socioéconomique est envisagée au plus près du personnage principal. La condition humaine, trop humaine.

     

    Macha Séry

    LE MONDE, 2 – 3 novembre 2008

  • TÉLÉRAMA

    7 janvier 2012

     

    Bienvenue dans le monde merveilleux de l'entreprise. Dix ans après De gré ou de force, son téléfilm choc sur le harcèlement moral, Fabrice Cazeneuve abordait le problème tout aussi tabou du suicide au travail. Veuve d'un cadre supérieur qui s'est jeté par la fenêtre de son bureau, Brigitte (Barbara Schulz, toujours juste dans un rôle à contre-emploi) se heurte à la gêne de ses collègues et aux manœuvres de sa direction, prête à tout pour prouver que la mort d'Eric est due à des problèmes « privés ».

     

    La puissance dramatique de De gré ou de force naissait de l'affrontement sans pitié entre le harceleur et le harcelé. Seule navigue dans des eaux plus grises avec des personnages énigmatiques. Le réalisateur a fait le pari d'un téléfilm plus cérébral, plus abstrait, plus lent aussi, où l'hébétude et l'incompréhension dominent. Un choix audacieux, mais que Cazeneuve n'assume pas complètement, à l'image de ces pseudo-témoignages documentaires face caméra, tentatives maladroites pour i­ntroduire un effet de démonstration sociologique dans une fiction tout en zones d'ombre. Dommage, car la mise en scène témoigne d'une ambition formelle peu commune pour une fiction télé. Et la description des impacts du discours managérial, qui transforme les employés de bourreaux en victimes consentantes du capitalisme mondialisé, se révèle aussi pertinente que glaçante.

     

    Samuel Douhaire

    TÉLÉRAMA, 7 janvier 2012

Contact

Pour contacter directement Laurent Mauvignier, on peut envoyer un courriel aux Éditions de Minuit, à : presse@leseditionsdeminuit.fr qui feront suivre.

Ou par voie postale : Laurent Mauvignier, les Éditions de Minuit, 7, rue Bernard-Palissy 75006 PARIS.