Présentation

Prix Emile Augier de l’Académie française 2016

Après la guerre, lorsqu’il redécouvre la ville où il a passé son enfance, le jeune homme ne reconnaît personne, et personne ne le reconnaît. Mais il avance, il marche, et certains se demandent ce qu’il peut bien chercher. Est-ce qu’il vient pour venger ses parents, retrouver une maison, son passé, son enfance ?

Et puis il y a cette voix qui nous dit : il avait promis qu’il reviendrait la chercher. Quelque part, là, Katja a survécu, elle aussi espère, elle aussi marche dans les décombres.

 

Retour à Berratham a été écrit pour Angelin Preljocaj. La pièce est créée par le Ballet Preljocaj au Festival d’Avignon, dans le Cour d’Honneur, le 17 juillet 2015.

Presse

  • Matricule des anges

    juillet août 2015

    En terre inconnue

    Errances croisées d'un homme revenu dans sa ville natale en partie détruite par la guerre et de la femme qu'il a aimée et voudrait retrouver.

     

    Avec cette nouvelle incursion dans l'écriture théâ­trale, Laurent Mauvignier sonde les possibilités

    d'un genre gui imprègne depuis longtemps son travail littéraire, tous livres confondus. Retour à Berratham est un texte que lui a demandé Angelin Preljo­caj pour un spectacle qui sera présenté dans la Cour d'honneur du Palais des papes lors du prochain Festival d'Avignon. C'est la deuxième collaboration du choré­graphe et de l'écrivain : après avoir découvert Ce que j'ap­pelle oubli à sa sortie en 2011, Angelin Preljocaj en avait tiré une pièce pour comédien et danseurs en 2012.

     

    À l'image de Ce que j'appelle oubli - qui revenait en une longue phrase unique sur la mort violente, réelle et récente d'un homme entre les mains des vigiles d'un super marché -, les livres de Laurent Mauvignier recréent des univers aux contours repérables, qu'ils soient sociaux, géographiques ou historiques. Avec Retour à Berratham, il en va tout autrement. Après un long temps d'exil dans un pays du nord où il est parti avec son frère pour fuir la misère, un jeune homme revient dans sa ville natale et tente de retrouver Katja, pour qui son amour est resté intact. Une guerre vient de s'achever qui a tout ravagé, les êtres, les lieux, les liens sociaux et familiaux. Une sorte de paix règne, mais « la paix c'est le trophée de ceux qui savent mieux la guerre que les autres ». La ville est sous l'emprise de la pègre, la foule est aux abois, guettant l'événement qui la sortira de son hébétude. La tonalité de la pièce la tire du côté de la tragédie et des destinées contrariées. Elle est également empreinte d'une noirceur épique, de la présence de forces obscures entravant la marche de ceux qui cherchent à tâtons leur chemin vers un but qui sans cesse se dérobe.

     

    C'est aussi un texte qui convoque des images, celles de la violence guerrière qui frappe un monde à la fois proche et étranger qui pourtant doit bien être le nôtre, colonisant nos rétines comme nos consciences. Cheminant dans Berratham aux côtés du «jeune homme» à la recherche de Katja, on marche dans les rues de Beyrouth, de Sarajevo, de Kaboul, de Grozny, de Gaza ou de Homs. Et dans le même temps nous reviennent d'autres images surgies de certains livres d'Antoine Volodine ou de Cormac McCarthy.

     

    La terre inconnue que l'on arpente dans Retour à Berra­tham nous est donc d'une certaine façon familière. C'est ce terreau de connaissance commune et diffuse que le texte laboure pour en faire surgir une vérité nue sous forme de vision hallucinée. Non pas celle que livreraient des correspondants ou des envoyés spéciaux, mais celle que profère un chœur de morts, omniscient et prophé­tique, qui observe, discute, commente, prédit : « Elle doit traverser la foule mais le groupe entier se referme sur elle et elle va foncer comme elle a toujours Joncé et maintenant elle serre son blbé si Jort, elle est prête à hurler et à frapper jusqu'à passer de

    l'autre côté et s'enfuir même si elle sait que ce sera difficile - ­

    -Impossible.

    -Difficile. Elle pense que ce sera- ­

    -Elle pense qu'il faut-­

    -Elle étouffe ­

    -Impossible.

    -Elle esquive, elle glisse, elle lutte.

    -Impossible.

    Dans ce texte bref et d'une très grande densité, on re­trouve quelques aspects de la fabrique de littérature de Laurent Mauvignier, certaines modalités par lesquelles émerge la sensation du réel, la tension de la phrase, sa res­piration, sa torsion. Ainsi, dans l'évocation de la cérémo­nie du mariage forcé de Katja : «Car elle doit l'aimer jusqu'à renoncer à tout, il le faut, elle sait, tout le monde attend, Katja fixe celui qui va devenir son mari et bientôt, lui, la peur le fait trembler, la sueur est glaciale sur sa peau et l'idée se fait plus forte qu'elle pourrait, que Katja pourrait, est-ce qu'elle pourrait l'hu­milier et lui faire ça à lui ? »

     

    Jean Laurenti

    Le Matricule des Anges, juillet août 2015

Contact

Pour contacter directement Laurent Mauvignier, on peut envoyer un courriel aux Éditions de Minuit, à : presse@leseditionsdeminuit.fr qui feront suivre.

Ou par voie postale : Laurent Mauvignier, les Éditions de Minuit, 7, rue Bernard-Palissy 75006 PARIS.