Laurent Mauvignier

Ce que j'appelle oubli

 

2011

64 p.

ISBN : 9782707321534

7.50 €

55 exemplaires numérotés sur Vergé des papeteries de Vizille, 45 €

Présentation

Prix des lycéens PACA 2012

Quand il est entré dans le supermarché, il s'est dirigé vers les bières. Il a ouvert une canette et l'a bue. À quoi a-t-il pensé en étanchant sa soif, à qui, je ne le sais pas.

Ce dont je suis certain, en revanche, c'est qu'entre le moment de son arrivée et celui où les vigiles l’ont arrêté, personne n’aurait imaginé qu’il n’en sortirait pas.

Presse

  • Marianne

    mai 2011

    Lamento pour mémoire

     

    BOIRE UNE BIERE ET MOURIR

     

    Décembre 2009 : un jeune marginal entre dans un supermarché de Lyon. Il déambule au rayon des boissons. Il se saisit d'une canette de bière, la décapsule et commence à la boire. Plusieurs vigiles l'encerclent. Ils l'entraînent vers la réserve du magasin, le tabassent. Le jeune marginal meurt sous les coups. De ce fait divers, Laurent Mauvignier a tiré une seule phrase. Un souffle, étiré sur 60 pages, qui se poursuit après le livre, puisque la dernière ligne s'achève sur un tiret : « sa voix à lui qui continuera dans ta tête, à murmurer, à répéter toujours pas maintenant, pas maintenant, pas comme ça, pas maintenant – ».

     

    Le récit s'adresse au frère de la victime, à une époque incertaine. On devine que l'affaire a été jugée, ou bien qu'elle va l'être. En tout cas, le temps a un peu passé depuis la mort du jeune homme. Ce temps écoulé a fait jaillir les questions, la souffrance, l'absurdité. Comment peut-on entrer dans un supermarché sans être sûr d'en ressortir vivant ? Peut-on mourir parce qu'on avait envie de boire une bière ? Et surtout : qui se souviendra de ce jeune homme ? La littérature, promet Laurent Mauvignier. Sa plume, proche de l'oralité, retrace l'existence de la victime, se glisse sous son crâne, puis dans celui du frère. Cette multiplication des points de vue dessine lentement un portrait – non pas celui du mort, mais un portrait collectif, le nôtre, celui d'une société qui autorise et orchestre ces crimes et l'oubli de ces crimes. Un long et magnifique poème contemporain sur nos violences et nos amnésies.

     

    C.D.-M.

    MARIANNE, le 14 mai 2011

  • Magazine Littéraire

    avril 2011

    C’est seulement en revenant au début, avec l’idée de recopier la première phrase, qu’on découvre qu’il n’y en a pas, que le livre commence par une phrase en route, comme on pose le pied sur un tapis roulant irréfragable, au milieu d’une phrase unique, sans majuscule initiale et qu’on vient d’en être éjecté pareil, sans point final, planté là par un texte qui retourne sous la terre d’où il avait surgi tout à l’heure. Mais de tout cela on ne sait rien à la première lecture, c’est une lecture primale, fiévreuse, compassionnelle, presque coupable de n’avoir pu éviter ça : un jeune homme entre dans un supermarché, prend une canette de bière dans un rayon et la boit, quatre vigiles l’entourent, l’entraînent dans les réserves et le battent à mort. C’est tout. Il est écrit derrière le livre : « Cette fiction est librement inspirée d’un fait divers, survenu à Lyon, en décembre 2009. » Voilà pourquoi les mots attrapés au vol étaient : « et ce que le procureur a dit c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu ». À force de chercher la fin de la phrase, on recroise ces mots page 54 : « dire la vérité avec la voix blanche d’un présentateur télé débitant la mort des autres », et l’on pense à Coluche pour qui, « à chaque fois qu’un avion tombe dans le monde, c’est sur les pompes à Roger Gicquel ». À chaque fois qu’on ouvre un livre de Laurent Mauvignier le malheur du monde semble gonfler ses pages. Mais Mauvignier n’est pas ce cocker triste chargé d’annoncer les mauvaises nouvelles, c’est un écrivain. Toute son oeuvre démontre que la compassion n’a pas besoin du mélodrame, que le deuil n’est pas une consolation, ni la douleur une rente, que le silence est un cri. Mauvignier sait donner une voix, une vraie voix, à ses narrateurs - leur parcours social souvent les en prive. Ici, il donne à écouter une phrase, une seule phrase, adressée par dieu sait qui au frère de la victime.

     

    Le livre ne fait pas le départ entre le fait divers et la fiction qu’il inspire. Au magasin Carrefour de Lyon Part-Dieu, le 28 décembre 2009, quatre vigiles ont tué Michaël Blaise, 25 ans, martiniquais. Une caméra de surveillance a tout enregistré, ils l’ont traité de pédé, pas de sale Noir, il est mort la cage thoracique enfoncée, le procureur a vraiment dit qu’un homme ne devait pas mourir pour si peu. De cette histoire, Mauvignier fait un portrait oblique, touchant, ce n’est pas la victime qui parle mais curieusement on entend son silence, le peu qu’il a à dire, son regret de mourir maintenant, on comprend qu’avec la mort s’achève la peur de mourir. Il n’est pas dit que quelqu’un est noir, il n’est pas dit que personne n’est pédé, le Rhône est loin, on parle de bords de Loire, de Paris, de détresse, d’hommes. Des hommes était le titre du dernier roman de Mauvignier, en voici d’autres, désolés et désolants, humains et inhumains, comme vous et moi.

     

    Jean-Baptiste Harang,

    Magazine Littéraire, avril 2011

  • Télérama

    n° 3193 26 mars 2011

    Après celles du Heysel (Dans la foule) et de la guerre d'Algérie (Des hommes), Laurent Mauvignier explore une nouvelle tragédie, survenue à Lyon en 2009 : la sauvage mise à mort d'un voleur de bière par quatre vigiles, dans l'arrière-boutique d'un supermarché. Son style désormais consacré, hagard, submergeant, inextinguible, fait une nouvelle fois mouche. Après les raz de marée des précédents romans, dans lesquels des êtres blessés tentaient de résister au flot de l'Histoire, une extermination individuelle en catimini, sans cris ni témoins. Pour passer de l'infiniment grand à l'infiniment petit, de la page d'histoire collective au brouillon de vie jeté au caniveau, Laurent Mauvignier s'est glissé dans un tout petit livret de survie. Son nouveau roman est composé d'une seule phrase de soixante pages, expectorée comme un dernier souffle, où la panique le dispute à l'espoir (« ils vont arrêter de frapper, je vais retrouver mon souffle, ça ne peut pas finir ici, pas maintenant et pourtant il ne pouvait plus respirer ni sentir son corps ni rien entendre, ni voir non plus et il espérait malgré tout, quelque chose en lui répétant, la vie va tenir, encore, elle tient, elle tient toujours, ça va aller encore, ils vont cesser parce qu'ils vont comprendre que ma vie est trop petite dans mon corps et qu'elle s'amenuise trop maintenant pour durer plus qu'une bulle de savoir qui monte et éclate »).

     

    Ce cri de révolte contre l'effervescence des existences que la misère a rendues transparentes est d'une insoutenable stridence. Mais l'écriture est là, attentive, suspendue, pour offrir des parenthèses de réconfort. En signe de résistance, ce que Mauvignier appelle l'oubli, c'est le souvenir, ce droit à continuer de vivre dans le havre des têtes accueillantes.

     

    Marine Landrot,

    Télérama n° 3193, 26 mars 2011

  • L'Humanité

    03 mars 2011

    Une vie en une phrase

     

    Cinquante-cinq pages. Il faut à l'unique phrase de ce récit cinquante-cinq pages pour se dévider. Une ponctuation discrète lui assure sa respiration. Quelques répétitions lui donnent son allure de lamento. Laurent Mauvignier, après les textes de grand souffle Dans la foule (2006) et Des hommes (2009), s'est en effet lancé dans une manière d'entreprise inverse : l'écriture, à partir d'un fait divers survenu en décembre 2009, des derniers instants d'un homme battu à mort par des vigiles
    d'une grande surface. Il fait pour cela parler une figure proche de la victime, sorte de narrateur omniscient,
    qui en même temps restitue le vécu ultime de celle-ci
    et porte son regard au-delà de la scène du crime. Puisque le déchaînement de cette sauvagerie s'inscrit dans un certain ordre des choses.

     

    Du temps a passé. Un procès a eu lieu. La personne qui raconte fait retour sur celui-ci. On prend son récit
    au vol, au beau milieu de son avancée, alors qu'elle
    en est arrivée au réquisitoire du procureur. Elle s'adresse au frère cadet du mort, dans un tutoiement qui dénote la familiarité. C'est aussi ce qui explique sa connaissance de l'itinéraire du disparu, depuis le cercle familial des origines et les années d'errance jusqu'à cet après-midi de soif, où il avait vidé une canette de bière dans un rayon du supermarché. Car l'épaisseur d'une vie peu à peu surgit de cette longue phrase, en laquelle simultanément se déroule le film de l'interpellation
    par les vigiles, de la conduite dans une resserre
    du magasin, de la pluie de coups portés en silence puis de l'affaissement sur « le froid de la dalle de ciment ».
    Des détails se fixent dans la conscience vacillante
    de celui qui ne peut pas encore croire à l'imminence
    de sa propre mort. Le gel qui brille sur le crâne de l'un des types, « l'odeur poivrée » du déodorant d'un autre.
    On vient ici de la misère et l'on jouit d'autant du dérisoire pouvoir accordé par le supermarché.

     

    Des images de plus loin arrivent. Les parents bouchers sur les marchés en province, puis l'exclusion, la fuite dans la marge, les dérives sexuelles. Les bords de Loire, Paris, la banlieue. Séquences d'une mort
    « à petit feu tous les jours » pour le garçon ignoré et méprisé, « ombre d'un homme ». Et ces quatre autres, acharnés au-dessus de son corps, qui se débarrassent maintenant sur lui des avanies endurées par eux-mêmes. La phrase dévoile les moments d'une existence et suggère un monde cabossé alentour, qui s'incarne dans les vigiles. On ne distingue personne d'autre dans
    le magasin ni dans l'annexe, comme si les bourreaux
    et leur proie, à eux seuls, tenaient lieu d'allégories
    des désordres ambiants. Laurent Mauvignier produit dans ces cinquante-cinq pages un effet de densité extrême. Le texte avance sous la pression d'une énorme poussée de sens, faisant sauter les barrières de
    la ponctuation, rendant inutiles paragraphes et chapitres. Et se charge aussi de tout un non-dit qui par furtives échappées se signale. On se situe ici, par-delà le dehors de spontanéité, dans une élaboration savante.

     

    La voix qui raconte restitue ce parcours humain jusqu'au dernier souffle de vie sur le ciment. Cela tient ensemble du rythme de l'information en continu
    et du déversement d'un flux de conscience. Un étonnant mariage de non-littéraire et de sophistication
    de l'écriture. Un simple tiret à la fin laisse le flot langagier reprendre son écoulement souterrain. Après
    ce saisissant jaillissement.

     

    Jean-Claude lebrun,

    L'Humanité, le 3 mars 2011

  • La Croix

    02 mars 2011

    Les poings et les mots

    Librement inspiré d'un fait divers, le percutant récit de Laurent Mauvignier évoque la mort violente d'un jeune homme dans un supermarché, pour le vol d'une canette de bière.

     

    Il fut une époque, antique, où l'on nommait «barbares» les hommes issus d'un peuple dont on ne comprenait pas la langue. Un glissement sémantique s'opéra en même temps que les mœurs évoluaient, et les barbares devinrent ces étrangers habitant hors des frontières. Les siècles s'écoulèrent sans changer la nature profondément brutale d'une partie de l'humanité, et de Grèce on passa en Rome, les jeux du cirque laissèrent place aux guerres modernes sans que l'ennui des hommes et leur besoin de divertissement gratuit soient jamais rassasiés. Alors on qualifia de barbares ceux dont les valeurs différaient tant des valeurs locales qu'elles menaçaient l'ordre établi. Puis vint un temps, plus récent, où le terme s'appliqua à des individus sans pitié, voire assoiffés de sang. Étonnant de se remémorer cette évolution à la lecture du très bref et saisissant livre de Laurent Mauvignier, où l'on trouve réunies au XXIe siècle toutes les acceptions successives du mot.

     

    L'écrivain s'est librement inspiré d'un fait divers survenu à Lyon en 2009, au supermarché Carrefour du centre commercial de la Part-Dieu. Michaël Blaise, un jeune homme de 25 ans, y était mort par asphyxie, tué par quatre vigiles «pour une canette de bière» qu'il avait bue sans la payer. Les bandes de vidéosurveillance témoignaient de l'innommable: la mort en direct. Le récit fictif que dresse Laurent Mauvignier s'éloigne volontairement de cette réalité factuelle. Ce n'est plus Michaël mais un jeune homme qui aurait pu être lui qui devient le centre de son texte, son narrateur s'adressant au frère de cette victime emblématique d'une certaine bêtise et d'une certaine violence. Après des fictions beaucoup plus amples (dont on a dit tout le bien ici même), l'écrivain a choisi de concentrer ce livre sur une soixantaine de pages. Une seule phrase coule sans début ni fin, comme la vie même qui continue malgré les morts, une phrase violente ou parfois douce, jouant de ressacs et d'accélérations, avec toujours ce sens aigu de la ponctuation chez Mauvignier. Ce jeune homme mort injustement et son frère, sont-ils blancs? sont-ils noirs? arabes? sont-ils d'origine étrangère? d'extraction modeste? victimes du racisme? des préjugés? On ne le saura pas, sinon que leur père tient une boucherie et que le fils vaquait de petits boulots en périodes de chômage, qu'il venait peut-être de tomber amoureux, qu'il allait peut-être revoir une jeune femme, celle qui peut-être le ferait sortir de cet oubli que Mauvignier pointe en titre de son livre. Beaucoup de peut-être qui se sont éteints avec lui. Les thèmes de l'isolement, du rejet, de l'incompréhension ou des interactions fratricides reviennent sous la plume de l'auteur. «Quels sont les hommes qui peuvent faire ça. Pas des hommes qui font ça. Et pourtant. Des hommes», écrivait-il dans son livre précédent (1) au sujet de la torture pendant la guerre d'Algérie.

     

    Sa phrase ondule au fil des pages, interpellant avec empathie ce frère en deuil avec une vigueur mue par la colère et par la sagesse. L'écrivain imagine une vie, les promesses qu'elle recelait, les espoirs qu'elle n'osait pas nourrir; et il évoque les faits eux-mêmes, la stupeur de la victime et les poings de quatre vigiles, des garçons du même âge que lui, dans cette réserve de supermarché. Qu'a-t-il pu ressentir, pendant que les coups pleuvaient, qu'a-t-il pu penser ou voir – le parfum d'un déodorant? un éclat de voix moqueuse? –, ou de quoi même a-t-il pu se souvenir – les recommandations de sa mère? un rendez-vous pris pour la soirée? – A-t-il eu le temps de se poser la question: pourquoi ?

     

    Il y a eu la folie, la gratuité du geste barbare des quatre vigiles, il y a eu le silence et puis il y a eu les discours: ceux des policiers, du procureur, des journalistes et bientôt des clients gênés à la boucherie du père. Plus de mots qu'il n'y en avait jamais eu à l'endroit du jeune homme de son vivant. Laurent Mauvignier lui offre les siens, il invente une personne semblable à tant d'autres au destin moins tragique. Et, le temps d'une phrase suspendue, comme aurait pu le faire un mariage, une paternité, une amitié ou même une carrière, le romancier extirpe son personnage de l'oubli et de l'indifférence quotidienne, de «ce monde avec des vigiles et des gens qui s'ignorent dans des vies mortes comme cette pâleur, cette mort tout le temps, tous les jours, que ça s'arrête enfin, je t'assure, ce n'est pas triste comme de perdre le goût du vin et de la bière, le goût d'embrasser, d'inventer des destins à des gens dans le métro et le goût de marcher des heures et des heures et des tas de choses que je ne ferai jamais, que je n'aurais jamais faites de toute façon mais que j'aimais tellement savoir présentes, là, à côté, au cas où».

     

    1) Des Hommes, Éditions de Minuit (lire La Croix du 3 septembre 2009).

     

    SABINE AUDRERIE

    La Croix, le 02 mars 2011

  • Blog la république des lettres

    13 février 2011

    Un homme ne doit pas mourir pour si peu

     

    Un homme vêtu d'un survêtement et d'un tee-shirt jaune et noir entre dans un supermarché. La soif le prend en passant devant le rayon des liquides. Il prend une canette de bière, l'ouvre et la boit. Deux vigiles l'entourent aussitôt. A croire qu'il a dégoupillé une grenade. Le bruit n'est pourtant pas le même, l'effet de souffle non plus. Ils sont bientôt quatre. S'en saisissent sans ménagement et l'emmènent dans un local de sécurité. Ils lui fichent des claques, le traitent de pédé, le houspillent, le cognent. Ils sont assez pervers pour jouir de sa souffrance. Se font plaisir, voilà tout. Ils s'excitent « à cause du droit qu'ils se donnent et de la force qu'ils y trouvent ». Il se débat, se récrie, les engueule, tente de se protéger. Ils le plaquent contre un mur puis sur une table. Le voilà à terre. Les vigiles cognent de plus belle, au ventre, au visage, partout. Il râle et meurt. Six minutes s'écoulent avant qu'ils relâchent leur pression. Ils diront que son cœur a lâché inopportunément. Ils diront aussi qu'il les avait insultés, qu'il refusait d'obtempérer et qu'il brandissait un couteau. On n'a retrouvé ni les insultes, ni le refus, ni le couteau. L'enregistrement de la vidéosurveillance en témoigne. Le rapport d'autopsie précise : « Asphyxie mécanique par compression de la cage thoracique et une obstruction des voies respiratoires supérieures ». Ce serait obscène de se demander s'il avait voulu voler la bière en la buvant ou s'il était pressé de la boire avant de la payer car même pour le vol d'une canette on ne doit pas mourir, en principe.

     

    La scène se passe de nos jours en France dans Ce que j'appelle l'oubli (62 pages, 7 euros, Editions de Minuit), un récit de Laurent Mauvignier, aussi sec que son précédent livre, Des Hommes (en poche chez Double), roman sur la guerre d'Algérie, ne l'était pas ; dans celui-ci déjà, il avait suffi de presque rien, un cadeau dans une poche un jour d'anniversaire en hiver, pour que resurgisse un passé inquiétant. Celui-là est fait d'une phrase sans la moindre respiration. Une seule de soixante-deux pages. Comme pour provoquer notre propre suffocation. Ce n'est pas une prouesse : Mathias Enard a écrit Zone d'un trait de 520 pages. La prouesse est ailleurs. Il faut un peu plus que du talent pour nous attraper, nous serrer et nous relâcher d'un coup au dernier mot. C'est bref mais si tendu que ça suffit. Ce n'est pas une enquête mais un geste de dégoût sublimé par l'écriture. Le narrateur s'adresse au frère de la victime pour lui raconter. Pas de pathos, ni lamentation, ni jérémiade. Inutile de convoquer le tribunal international des droits de l'homme. La littérature va plus loin. Ni noms, ni lieux, ni date. L'identification est impossible. Mauvignier ne dénonce personne mais son récit est le plus terrible des actes d'accusation. L'excipit boucle l'incipit du récit : la remarque entêtante du répétant qu'un homme ne doit pas mourir pour si peu, pas maintenant, pas comme ça.

     

    En creusant un peu, mais ailleurs que dans le strict territoire du livre, on apprend que cette histoire lui a été librement inspirée par un fait divers survenu dans un Carrefour de La Part-Dieu (3ème arrondissement de Lyon) il y a un peu plus d'un an. Autant dire que ça s'est passé hier près de chez vous. L'homme s'appelait Michael Blaise, il était originaire de la Martinique, il avait 25 ans. Il était comme vous et moi dans la France de 2011 et ne soupçonnait pas qu'en entrant dans un supermarché il n'en ressortirait pas vivant.

     

    PIERRE ASSOULINE

    Blog la république des lettres, le 13 février 2011

Traductions

Grèce

Publications AGRA, 2014,

traduit par Spyros Giannaras

Espagne

Lo que yo llamo olvido (trad. Javier Albiñana), Anagrama, 2013

Italie

Storia di un oblio 2012,

traduttore Mélouah Y.

Editore Feltrinelli

(collana I narratori)

Allemagne

Was ist ein Leben wert?

Übersetzt von Annette Lallemand

2013, DTV 96 S., Format: EPUB E-Book (EPUB-Format) Zum Buch ISBN 978-3-423-41677-1

Contact

Pour contacter directement Laurent Mauvignier, on peut envoyer un courriel aux Éditions de Minuit, à : presse@leseditionsdeminuit.fr qui feront suivre.

Ou par voie postale : Laurent Mauvignier, les Éditions de Minuit, 7, rue Bernard-Palissy 75006 PARIS.